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Quatuor Caliente : Encuentro

C’est avec joie que nous inaugurons l’espace «Discographie» de notre site avec le dernier album de l’orchestre Quatuor Caliente, formation qui voue son énergie et ses talents à la musique d’Astor Piazzolla.

C’est une joie tant musicale, culturelle, qu’amicale puisque notre association est vouée, elle, à faire connaître l’oeuvre d’Osvaldo Pugliese (1905-1995). Or, débuter cette rubrique avec le Quatuor Caliente, c’est se situer dans cette filiation culturelle de qualité, sachant les rapports musicaux qu’ont entretenus Piazzolla et Pugliese dès les années 50 et c’est une joie amicale puisque, il y a deux ans, j’avais, déjà, eu la chance de discographier leurs deux premiers albums : Libertango, album instrumental, et celui réalisé avec la chanteuse Debora Russ lorsque je tenais la rubrique musicale dans la revue La Salida n° 60. C’est enfin une joie amicale que Nicolas Marty m’ait recontacté pour la sortie de leur nouvel album.

Le coup de cœur de l’époque avait été démultiplié de les voir jouer sur scène. Il s’en était dégagé une puissance si envoûtante que la musique avait longtemps résonné à mes oreilles longtemps après avoir quitté le théâtre.

Depuis, je parle d’eux.

Cet album marque une nouvelle étape par la rencontre avec le pianiste, Gustavo Beytelmann dont le Quatuor interprète trois pièces : Otras voces, Desapracecido et Encuentro qui est le titre éponyme de l’album et qui signifie « rencontre ». Les chemins musicaux de Piazzolla et Beytelmann se sont croisés il y a déjà longtemps : la carrière de ce dernier, arrivé en France en 1976, est un très riche parcours musical tout au long duquel il a cherché une synthèse entre « ses différents centres d’intérêts musicaux comme le jazz et la musique et la musique contemporaine ». C’est une définition qui s’applique à merveille à l’écoute d’Encuentro, tout en nuances et qui aborde aux rivages du jazz contemporain. L’écoute de ses trois tangos est une promenade aux multiples découvertes et une invitation à la recherche se son bien-être.

L’on se souvient, en 1982 de sa coopération avec Juan Jose Mosalini et Patrick Caratini. Sa présence dans cet album est un enrichissement majeur de la production musicale du Quatuor Caliente par l’élargissement d’interprêtation aux compositeurs de tango qui ont ouvert d’autres voies après l’âge d’or des années 1940. À quand un coup d’oeil à Horacio Salgan? Si je peux me permettre, en toute modestie.

L’album s’ouvre par l’interprêtation des « Camorras » de Piazzolla, enregistrées par celui-ci en 1988 avec son Quintete. C’est un moment de moindre production pour Piazzolla mais, il a déjà, tellement composé, que la fin des années 80 sont plus un moment d’approfondissement comme si l’approche de sa mort tragique en 1992 se faisait sentir à son insu.

C’est aussi un moment où son tango s’approche d’un tango-fusion comme l’on disait du jazz de ces années-là.

J’ai une petite préférence pour la longue Camorra III qui alterne calme et ruptures, toute l’atmosphère piazzollienne est là mais, recréee et transformée par l’énergie bien particulière du Quatuor Caliente. L’album se clôt sur une longue interprétation de Contrabajissimo que j’ai écouté un nombre incalculable de fois pour écrire cette chronique au regard de son incroyable richesse, comme la Camorra III on y perçoit parfois une sonorité asiatique. C’est cela la magie de cet ensemble qui nous offre la sonorité de Piazzolla qui n’est déjà plus la même grâce à la forte personnalité musicale formée par la réunion de musiciens à la formation classique pour la plupart.

Les tangos de Beytelmann sont inserrés comme un bijou dont les Camorras et Contrabajissimo qui ouvrent et ferment l’album en seraient l’écrin tout aussi précieux.

Références

Quatuor Caliente
Encuentro
AEON  AECD 1107
(2011)